Bulletin d'information en santé environnementale

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Surveillance des éclosions des maladies d’origine hydrique, Québec, 2005-2007

Auteur(s): 

  • Magalie Canuel
    M. Sc., conseillère scientifique, Direction de la santé environnementale et de la toxicologie, Institut national de santé publique du Québec
  • Germain Lebel
    M. A., M. Sc., conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec

Introduction

Les éclosions de maladies d’origine hydrique sont des événements qui surviennent occasionnellement et qui peuvent, dans certains cas, impliquer un nombre appréciable de personnes (p. ex. en Montérégie, 1 400 personnes impliquées en 1987). Ainsi, malgré toutes les mesures de protection existantes, nous ne sommes pas à l’abri de ces maladies.

Un des objectifs du Programme national de santé publique 2003-2012 (MSSS 2003a) est de réduire la morbidité et la mortalité reliées aux maladies d’origine hydrique. Le Plan commun de surveillance de l’état de santé de la population et de ses déterminants (MSSS 2003b) comporte à cet effet un indicateur relatif au nombre annuel d’éclosions d’origine hydrique signalées au directeur de santé publique (DSP). C’est dans ce contexte, qu’un bilan des éclosions de maladies d’origine hydrique survenues entre 2005 et 2007 a été réalisé par l’Institut national de santé publique du Québec, en collaboration avec la Table nationale de concertation en santé environnementale. Le présent article résume le contenu du rapport intitulé « Surveillance des éclosions de maladies d’origine hydrique au Québec, Bilan du 1er janvier 2005 au 31 décembre 2007 ».

Méthode

Lorsqu’une menace à la santé de la population est soupçonnée, tout médecin ou organisme doit, en vertu de la Loi sur la santé publique(Gouvernement du Québec 2001), signaler au DSP de sa région, toute maladie ou intoxication s’y rapportant, incluant les maladies d’origine hydrique. Le DSP peut alors procéder à une enquête épidémiologique. Les signalements effectués aux 18 DSP sont ainsi recueillis à l’aide d’un questionnaire accessible sur le Web.

Afin de dresser un portrait provincial le plus exhaustif possible, les signalements d’éclosions aux DSP ont été complétés à l’aide de deux autres sources de données, soit le registre ÉCLOSIONS du fichier des maladies à déclaration obligatoire et le registre des toxi-infections alimentaires du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

Une maladie d’origine hydrique est définie comme : toute maladie de nature infectieuse ou d'origine physico-chimique causée ou présumément causée par ingestion d’eau, contact avec l'eau ou inhalation de vapeurs ou de gouttelettes d’eau. Une éclosion est définie comme étant un incident où deux personnes ou plus présentent des symptômes et signes similaires ou présentent une infection à un même micro-organisme ou une intoxication à un même produit chimique. Les personnes malades doivent être reliées par des caractéristiques de temps, de lieu ou de personnes en commun (Gosselin et Fortin 1989, Groupe scientifique sur l’eau 2003). La confirmation d’une association avec l’eau n’est pas toujours possible ou nécessaire (en effet, dans certains cas, il est possible de déduire que seule l’eau peut être à l’origine de l’éclosion). Pour cette raison, les éclosions pour lesquelles il y a suspicion d’un lien avec l’eau sont aussi incluses dans ce bilan.

Résultats

De 2005 à 2007, 55 éclosions de maladies d’origine hydrique ont été signalées aux DSP. En ajoutant celles du registre ÉCLOSIONS et du MAPAQ, on dénombre au total 80 éclosions au Québec pendant cette période. Le nombre d’éclosions par année est de 16, 40 et 24, respectivement de 2005 à 2007 (tableau 1). Le nombre d’éclosions par région sociosanitaire varie d’une seule (Bas-Saint-Laurent et l’Outaouais) à 15 éclosions (Montérégie). Il est à noter que pour quatre régions, aucune éclosion n’a été enregistrée pendant cette période (tableau 1).

Tableau 1. Nombre d’éclosions de maladies d’origine hydrique enregistrées entre le 1er janvier 2005 et le 31 décembre 2007, par région sociosanitaire*

Les éclosions de nature infectieuse sont les plus fréquemment rapportées, représentant 79 % du nombre total d’éclosions. Le protozoaire Giardia et les cercaires sont les plus souvent soupçonnés pour les éclosions de nature infectieuse alors que ce sont le chlore et les chloramines qui le sont lors d’une éclosion de nature chimique (tableau 2). L’agent étiologique est inconnu dans 53 % des éclosions d’origine hydrique. Au moins 586 personnes ont été impliquées dans les 80 éclosions d’origine hydrique au Québec pendant la période de 2005 à 2007 (tableau 2).

Tableau 2. Nombre d’éclosions de maladies d’origine hydrique au Québec et nombre de personnes impliquées lors d’une éclosion, selon l’agent, de 2005 à 2007*

Les signalements aux DSP révèlent que la proportion d’éclosions d’origine hydrique pour laquelle une analyse de l’eau est effectuée est élevée (71 %, 39/55). L’agent est confirmé dans environ la moitié (20/39) de ces éclosions. De plus, pour les éclosions de nature infectieuse, l’analyse de l’eau est réalisée plus fréquemment lorsque l’eau de consommation est impliquée (24/29), que lorsque ce sont les activités récréatives qui le sont (4/12).

L’analyse d’un échantillon biologique (p. ex. sang, urine) est plus fréquente lors d’une éclosion pour laquelle l’agent soupçonné est de nature infectieuse. En effet, un échantillon biologique a été analysé dans 33 % (14/43) des éclosions de nature infectieuse et dans 17 % (2/12) des éclosions de nature chimique. Parmi ces échantillons biologiques analysés, la proportion de confirmation de l’agent étiologique est de 50 % (8/16).

Les signalements aux DSP représentent la source de données qui regroupe les deux tiers (53/80) des éclosions d’origine hydrique. Le questionnaire utilisé permet de recueillir des données plus exhaustives sur les éclosions comparativement au registre ÉCLOSIONS et à celui du MAPAQ. On constate également que les éclosions sont généralement enregistrées dans une seule source de données. En effet, entre 2005 et 2007, seulement trois éclosions ont été répertoriées dans deux sources de données et plus.

Discussion

La réalisation d’un bilan des éclosions d’origine hydrique permet d’obtenir un aperçu de la nature et de l’importance de ces événements. Il est cependant difficile d’interpréter l’évolution du nombre annuel d’éclosions ainsi que leur fréquence régionale puisque les différences observées peuvent être attribuables à plusieurs facteurs. En effet, certaines régions disposent de plus de ressources professionnelles pour effectuer des enquêtes ou d'un accès à des analyses de laboratoire. Ainsi, il est impossible de savoir si les fluctuations du nombre annuel d’éclosions sont attribuables à une variation réelle de l’incidence des éclosions ou à des efforts accrus de surveillance dans certaines régions. Nous estimons toutefois que les éclosions recensées dans ce bilan sous-estiment probablement le nombre réel d’éclosions d’origine hydrique au Québec.

L’analyse des données relatives aux éclosions d’origine hydrique signalées aux DSP met en évidence une faible morbidité pour celles survenues entre 2005 et 2007. De plus, les symptômes observés sont peu sévères et le nombre de personnes hospitalisées est peu élevé. Aucun décès n’a été rapporté. De plus, on remarque qu’il n’y a pas eu, au cours des dernières années, d’éclosions de grande envergure, comme par exemple celle survenue en 1987, à Grande-Île en Montérégie, où approximativement 1 400 personnes avaient été impliquées dans une éclosion de gastro-entérites. L’absence d’épidémie d’envergure dans les dernières années pourrait être expliquée par l’efficacité des règlements et des programmes de prévention et de contrôle de la qualité de l’eau potable et récréative en place au Québec. Cette situation ne devrait cependant pas entraîner une relâche des activités de surveillance des éclosions des maladies d’origine hydrique.

Recommandations

Une collecte annuelle des signalements des éclosions de maladies d’origine hydrique par les DSP permettrait d’assurer le suivi de cet indicateur, ainsi que la diffusion des données par l’entremise du portail de l’Infocentre de santé publique. Par contre, l’analyse détaillée des signalements pourrait être effectuée uniquement de manière triennale afin d’obtenir un volume de données suffisant.

Il nous apparaît également pertinent que le questionnaire utilisé pour la collecte des éclosions signalées aux DSP soit révisé, notamment afin de permettre les comparaisons avec les données de surveillance américaine (Yoder et al. 2008a, Yoder et al. 2008b).

L’analyse d’un échantillon biologique pour la confirmation de l’agent pathogène devrait être effectuée plus fréquemment. En effet, certains pathogènes tels les streptocoques ou la bactérie pathogène E. coli ne peuvent être confirmés que par une telle analyse.

Conclusion

Le nombre annuel de signalements d’éclosions de maladies d’origine hydrique est faible et probablement sous-estimé. Il faut encourager l’amélioration de la surveillance des maladies d’origine hydrique afin de mieux caractériser les éclosions et, ainsi, d’améliorer la protection de la santé de la population.

Références

  1. GOSSELIN, P., FORTIN, C., 1989. Épidémie d'origine hydrique et alimentaire: techniques d'enquête. Les publications du Québec, 150 p.
  2. GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, 2001. Loi sur la santé publique, L.R.Q., chapitre S-2.2
  3. INSPQ, GROUPE SCIENTIFIQUE SUR L'EAU, 2003. Détection et investigation d'une épidémie de source hydrique due à un agent infectieux Dans Fiches synthèses sur l'eau potable et la santé humaine, Institut national de santé publique du Québec, Québec, pp. 1-10.
  4. MINISTÈRE DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX DU QUÉBEC, 2003a. Programme national de santé publique 2003 - 2012, Ministère de la Santé et des Services sociaux, Québec, 1-133.
  5. MINISTÈRE DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX 2003b. Plan commun de surveillance de l'état de santé de la population et de ses déterminants 2004-2007, 599 p
  6. YODER, J. et al., 2008a. Surveillance for Waterborne Disease and Outbreaks Associated with Drinking Water and Water not Intended for Drinking - United States, 2005-2006, Morbidity and Mortality Weekly Report, Vol. 57, No. SS-9, pp. 39-69.
  7. YODER, J. et al., 2008b. Surveillance for Waterborne Disease and Outbreaks Associated with Recreational water Use and Other Aquatic Facility-Associated Health Events - United States, 2005-2006, Morbidity and Mortality Weekly Report, Vol. 57, No. SS-9, pp. 1-38.

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