Encadré 1 − L’autonégligence chez les personnes aînées

L’autonégligence constitue un problème de santé publique préoccupant [14–19]. Elle est largement traitée dans les pratiques des Adults Protective Services aux États-Unis, au même titre que la violence et la négligence commises par autrui. Au Québec, elle est peu documentée, et elle ne figure ni dans le PAM 2010-2015 ni dans le PAM 2017-2022. Voici une définition de l’autonégligence proposée au Québec, à partir d’une synthèse de la littérature internationale et des travaux québécois de Neesham-Grenon [20] :

« L’autonégligence comprend une vaste gamme de comportements, distribués sur un continuum d’intensité, culturellement et socialement encadrés, effectués de façon intentionnelle ou non, qui résultent en un échec à répondre à ses propres besoins ou à se procurer des soins, et qui présentent un potentiel de conséquences négatives sur le bien-être, la santé et la sécurité de la personne et d’autrui » [21].

L’absence de définition opérationnelle de l’autonégligence [15,22] ainsi que les variations conceptuelles limitent la comparaison des études, le développement des connaissances ainsi que l’établissement d’un taux d’incidence et de prévalence [15]. Puis, plusieurs facteurs compromettent la détection de situations d’autonégligence : la connaissance et la conscience inadéquates du problème; les ressources et les services de soutien limités; l’absence de formations et de protocoles d’intervention; la faible validation des facteurs de risque et des déterminants pouvant aider à identifier rapidement l’apparition de l’autonégligence; et l’absence d’outils d’évaluation fiables, valides et culturellement appropriés [15].

Conséquences

Tout comme pour la maltraitance ou l’intimidation envers les personnes aînées, les conséquences de l’autonégligence sont multiples et varient en fonction de leur sévérité et des réactions individuelles. Une personne aînée peut avoir de la difficulté à prendre soin d’elle-même, à payer ses factures, à respecter ses traitements prescrits. Dans une situation d’autonégligence, la personne aînée peut refuser toute forme de services, ce qui peut entraîner un délabrement du domicile et de son environnement, des défectuosités électriques, une accumulation excessive d’ordures, ou encore des conditions de vie insalubres impliquant parfois la présence de plusieurs animaux [23]. L’autonégligence peut affecter la santé physique et psychologique, ainsi qu’augmenter le risque de mortalité découlant de problèmes cardiaques, pulmonaires, neuropsychiatriques, etc. [15].

Prévention

Une étude québécoise réalisée auprès d’intervenants sociaux ayant intervenu avec des personnes aînées en situation d’autonégligence a permis de circonscrire des défis et de proposer des pistes d’intervention : l’évaluation des risques, l’évaluation biopsychosociale, l’approche de réduction des méfaits, les valeurs et l’éthique, le soutien organisationnel ainsi que l’acquisition de connaissances actuelles [20]. Les intervenants sociaux ont déclaré vivre des difficultés à intervenir dans ces contextes particuliers d’autonégligence, et ils ont soutenu être insuffisamment outillés. Ces constats ont mené à la proposition de l’élaboration d’un guide de pratique, soit celui intitulé L’intervention en contexte d’autonégligence [24]. Celui-ci comprend une conceptualisation de l’autonégligence ainsi qu’une présentation des principales caractéristiques du problème. Le guide propose également des pistes d’intervention : la prise de contact, l’évaluation de la personne et de ses besoins, l’évaluation des niveaux d’urgence et de dangerosité, l’évaluation du réseau de soutien et des autres ressources disponibles, l’évaluation de la capacité de la personne aînée à prendre des décisions éclairées et à consentir, etc. Ce guide encourage un accompagnement au rythme de la personne aînée, tout en assurant la sécurité de la personne aînée et d’autrui. Enfin, il présente aussi des pistes de solution aux différents enjeux potentiels que peuvent rencontrer les intervenants sociaux ainsi que des conseils pratiques.

Dernière modification: 

5 avril 2018