Veille scientifique en santé des Autochtones, mars 2021

Veille signalétique

 Publications et articles scientifiques répertoriés


Veille analytique

Inégalités sociales de santé

Des voix rarement entendues : Un examen systématique métanarratif des expériences des Autochtones et des peuples insulaires du détroit de Torrès dans les services de santé

Jones, B., Heslop, D. & Harrison R. (2020). Seldom heard voices: a meta-narrative systematic review of Aboriginal and Torres Strait Islander peoples healthcare experiences. International Journal for Equity in Health, 19, 222.
Note : Dans ce résumé, « Autochtones » renvoie aux peuples autochtones en Australie et aux peuples insulaires du détroit de Torrès (Aboriginal and Torres Strait Islanders)

Contexte

En Australie, les populations autochtones sont confrontées à des inégalités sociales de santé qui peuvent être exacerbées par la qualité des services de santé qu’ils reçoivent. L’expérience du patient dans le système de santé est un facteur majeur contribuant à la qualité des services de santé et aux résultats perçus.

Objectifs

Cette revue de la littérature systématique visait à :

  • comprendre les expériences vécues par les Autochtones dans le système de santé australien;
  • déterminer les faiblesses des méthodes servant à recueillir des données sur les expériences
    des patients.

Méthodologie et données

Compte tenu de la nature qualitative des données extraites, une approche métanarrative a été adoptée. Cette approche a pour objectif de développer une trame narrative (storyline) à partir des résultats des études. Par ailleurs, chacune des études est associée à une tradition de recherche et à une discipline universitaire. L’attribution d’une étude à une catégorie est réalisée par les auteurs.

Au total, 54 articles ont été retenus et provenaient de la médecine, des soins infirmiers, de la santé publique et de la santé publique autochtone. Dans cette sélection d’articles, différentes méthodes servant à recueillir des données sur les expériences des patients ont été utilisées : cercles de partage, entrevues semi-structurées ou sondages.

Qu’est-ce qu’on y apprend?

Trois grandes thématiques ont émergé de l’analyse.

  • Les principales distinctions des conceptions du bien-être, de la santé et de la prestation des services entre le modèle occidental et le modèle holistique autochtone concernent les besoins de santé sociale, mentale, spirituelle et communautaire.
  • Le développement de la confiance des Autochtones face au système de santé en général et aux prestataires de services est primordial. En Australie, ce sentiment de confiance est influencé par une suite d’expériences personnelles, mais aussi par les expériences des membres de la communauté et les ouï-dire.
  • Les expériences positives des Autochtones dans le système de santé australien sont associées à diverses composantes, dont une communication ouverte, respectueuse et culturellement sensible. Le jargon médical est déconstruit en concepts compréhensibles pour les patients. Les barrières linguistiques sont également levées et les restrictions de temps sont diminuées. L’adaptation de l’environnement physique favorise également les expériences positives.

Afin de mettre en œuvre des actions améliorant l’expérience des Autochtones du système de santé australien, il est nécessaire que les programmes universitaires de santé améliorent la formation sur les approches fondées sur la sécurisation culturelle. Aussi, le développement de stratégies pour mieux prendre en compte et mesurer l’expérience des Autochtones dans le système de santé serait pertinent.

Limites

Les critères de la revue de littérature, dont celui d’avoir retenu seulement les articles ayant fait l’objet d’une révision par des pairs, peuvent avoir influencé les résultats. Les perspectives des chercheurs ont également pu avoir une incidence sur les concepts qui ont émergé et les thèmes développés. Enfin, les conclusions de cette étude ne peuvent être appliquées à toutes les communautés étant donné leur diversité.


La maladie d’Alzheimer et la démence associée chez les populations autochtones : une revue systématique des facteurs de risque

Walker, J. D., Spiro, G., Loewen, K., & Jacklin, K. (2020). Alzheimer’s disease and related dementia in Indigenous populations: a systematic review of risk factors. Journal of Alzheimer’s Disease, 78(4), 1439‑1451.

Contexte

Au Canada, il est estimé que le nombre de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de démence associée doublera dans les 25 prochaines années. Chez les populations autochtones, la proportion de personnes atteintes augmenterait plus rapidement que chez les populations non autochtones et les premiers signes de la maladie se présenteraient à un plus jeune âge. La maladie est souvent une combinaison de facteurs de risque génétiques et environnementaux. Cependant, c’est moins de 5 % des patients atteints de la maladie d’Alzheimer qui ont un diagnostic de maladie héréditaire laissant croire la présence d’une multitude d’autres facteurs de risque.

Objectifs

Cette revue de littérature systématique vise à explorer les facteurs de risque modifiables et non modifiables de la maladie d’Alzheimer et de démence associée chez les Autochtones. Les auteurs adoptent une perspective holistique de la santé et ils utilisent une approche de parcours de vie pour comprendre les facteurs de risque et de protection de la maladie. Cette approche tente de rapporter les effets des différents événements de la vie sur la croissance et le déclin neurocognitifs.

Méthodologie et données

Une recherche documentaire systématique dans les bases de données Medline, Embase et PsychINFO a permis de sélectionner un corpus d’articles scientifiques révisés par les pairs et publiés entre 2007 et 2018. De ce lot, 13 sources ont été retenues. Un processus d’évaluation de la qualité des articles a été réalisé par les auteurs.

L’analyse porte sur les facteurs de risque quantifiables présentés dans les articles, qu’ils soient modifiables ou non.

Qu’est-ce qu’on y apprend?

Au total, les auteurs ont répertorié 14 facteurs de risque modifiables différents dans les études retenues. Ceux qui étaient statistiquement significatifs et le plus souvent mentionnés dans les études relevées sont : un faible niveau d’éducation, la concomitance de maladies cardiovasculaires, la présence d’hypertension et un historique de blessure à la tête. Les auteurs mentionnent que certains facteurs de risque modifiables peuvent être liés à des conditions survenant plus tôt dans la vie. Par exemple, des facteurs intra-utérins comme l’obésité maternelle ou le diabète gestationnel prédisposeraient les enfants à certaines maladies cardiovasculaires.

Seulement deux facteurs de risque non modifiables sont présentés dans la revue : l’âge et être de sexe masculin. Les chercheurs soulignent que le nombre élevé de facteurs de risque modifiables par rapport aux facteurs de risque non modifiables illustre l’importance du contexte dans le développement de la maladie. Une tendance à prioriser les explications génétiques plutôt que sociales peut détourner l’attention des déterminants de la santé proximaux, intermédiaires et distaux qui sont modifiables.

Limites

Les auteurs signalent qu’en raison de l’hétérogénéité des méthodes de mesures, une méta-analyse des facteurs de risque n’était pas possible. Ils mentionnent que les études qui satisfaisaient les critères d’inclusion de la revue ne permettent pas d’obtenir une couverture globale des populations autochtones.

Enfin, bien que les populations autochtones autour du monde puissent faire face à des défis similaires en matière de santé, les chercheurs rappellent qu’il existe une diversité importante concernant les cultures autochtones et les expériences de colonialisme, suscitant des inquiétudes quant à la validité externe de modèles décrits dans cette revue.


Petite enfance et développement de l’enfant (0-5 ans)

Améliorer l’implication prénatale des femmes autochtones en Australie : un examen de la portée

Simpson, N., Wepa, D., & Bria, K. (2020). Improving antenatal engagement for Aboriginal women in Australia: A scoping review. Midwifery, 91, 102825.

Contexte

D’après la littérature scientifique, les femmes autochtones seraient moins impliquées dans les services prénataux que les femmes non autochtones en raison des inégalités dans l’offre de services de santé. En Australie, une femme autochtone serait 10 fois plus susceptible de ne pas recourir aux différents services prénataux qu’une femme non autochtone. Aux inégalités dans l’offre de services s’ajoute une multitude de barrières telles que le manque de transport et la barrière linguistique.

L’implication prénatale de la patiente est essentielle pour assurer la santé et le bien-être de la mère et du bébé et pour offrir les soins adéquats.

Objectifs

Cet examen de la portée (scoping review) avait comme objectif de cartographier l’ensemble de la littérature connue sur l’implication prénatale des femmes autochtones en Australie afin de :

  • regrouper les facteurs facilitants et les barrières à l’implication des femmes autochtones
    dans les services prénataux;
  • décrire comment des services culturellement adaptés influencent l’implication dans le
    suivi prénatal.

Méthodologie et données

Une recherche documentaire dans cinq bases de données ainsi que dans Google Scholar a permis de sélectionner un corpus d’articles scientifiques révisés par les pairs et publiés entre 2009 et 2019. Neuf articles ont été retenus pour cette revue soit trois études qualitatives, trois études quantitatives et trois études utilisant des méthodes mixtes.

Qu’est-ce qu’on y apprend?

Plusieurs barrières à l’implication prénatale doivent être surmontées par les femmes autochtones en Australie. L’éloignement géographique des services, le déménagement vers des hôpitaux ou des centres de santé hors communauté, un faible statut socioéconomique, une grossesse en bas âge, le tabagisme, un soutien social limité et une santé mentale fragilisée sont les barrières soulignées dans l’article.

Parallèlement, plusieurs facteurs facilitant l’implication prénatale ont été déterminés. La possibilité d’accoucher dans la communauté ou l’offre de transport vers le lieu de rendez-vous en seraient des exemples. Les visites à domicile, la présence d’intervenantes autochtones, la protection de l’intimité et de la confidentialité, le rappel des rendez-vous, l’implication de la communauté dans les programmes maternels et la participation de la mère dans la prise de décisions sont aussi mentionnés par les chercheurs.

La sécurisation culturelle est un déterminant de l’implication des femmes autochtones dans les services prénataux relevé par plusieurs études. La culture autochtone incluant les traditions, les croyances et leur définition de la santé font partie intégrante de l’identité autochtone et doivent être considérées dans l’offre de services.

Limites

Un manque de littérature concernant les facteurs facilitants et les barrières à l’implication prénatale chez les femmes autochtones en Australie est souligné dans l’étude. Malgré un processus rigoureux et transparent, la revue est relativement petite ce qui peut affecter les résultats. Par ailleurs, la qualité des articles sélectionnés n’a été vérifiée que par un seul chercheur.

Enfin, de nombreuses études incluses dans l’article étaient sujettes à un biais de rappel, la collecte de données ayant eu lieu plus de neuf mois après la naissance.


Méthodologie et savoirs

Que signifie l’engagement ? Pertinence de l’engagement communautaire dans la conception et la mise en œuvre d’interventions liées aux maladies chroniques chez les populations autochtones — Examen de la portée

Wali, S., Superina S., Mashford-Pringle A., Ross H., & Cafazzo J. A. (2021). What do you mean by engagement? – evaluating the use of community engagement in the design and implementation of chronic disease-based interventions for Indigenous populations – scoping Review. International Journal for Equity in Health. 20,8.

Contexte

La prévalence des maladies chroniques chez les Autochtones a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie. La compréhension du contexte local et des difficultés rencontrées par les Autochtones est essentielle pour améliorer la santé et le bien-être des populations autochtones. Pour ce faire, des chercheurs utilisent de plus en plus des méthodes d’engagement communautaire, dont la recherche participative, pour créer des partenariats avec les Autochtones dans la conception et la mise en œuvre d’interventions liées aux maladies chroniques.

Objectifs

Le but de cette étude était d’examiner le niveau d’engagement communautaire des chercheurs dans la conception ou la mise en œuvre d’interventions destinées aux Autochtones aux prises avec des maladies chroniques.

Méthodologie et données

Un examen de la portée (scoping review) a été réalisé à partir d’un cadre méthodologique qui repose sur un processus d’examen itératif de cinq phases : 1) formulation de la question de recherche, 2) recherche des études pertinentes, 3) sélection des études, 4) extraction des données et 5) résumé et partage des résultats. Au total, 23 études ont été retenues.

Qu’est-ce qu’on y apprend?

Malgré les avantages connus de l’engagement communautaire des chercheurs, cette étude démontre que les niveaux d’engagement sont variables et que les méthodes de recherche participative ont été peu utilisées dans le travail des chercheurs. Les études sélectionnées allaient de l’implication des membres de la communauté à plusieurs étapes du processus de recherche à la seule étape de l’approbation des études par un aîné ou un conseil d’éthique autochtone local.

De même, l’autonomie des communautés a été identifiée comme un élément clé dans l’adoption et la longévité d’une intervention, mais peu de chercheurs en ont tenu compte. La participation de la communauté dans : l’évaluation des objectifs de recherche, l’approbation ou non des méthodes, la suggestion d’alternatives et la prise de décisions sont centrales au bien-être de leur population et à l’établissement d’une relation de confiance avec les chercheurs.

L’absence d’une norme concernant les efforts minimums d’engagement communautaire requis pour mener adéquatement des recherches avec des Autochtones a conduit des chercheurs à se baser sur leur propre interprétation du niveau suffisant d’engagement communautaire lors de leurs recherches.

Pour améliorer la recherche participative avec des populations autochtones, les chercheurs devraient se concentrer sur l’initiation d’un partenariat continu et flexible avec la communauté. Cela permet d’évaluer les objectifs de la communauté en matière de recherche et de valoriser la force des savoirs autochtones. Aussi, afin de s’assurer que les réactions de la communauté soient correctement interprétées et prises en compte, la communauté devrait être rencontrée à différentes étapes de la mise en œuvre d’une intervention.

Limites

L’examen de la portée a été limité par le nombre d’études qui répondaient aux critères de recherche.

Certaines études peuvent ne pas avoir été repérées : celles n’ayant aucun terme clé relatif à la recherche participative ou à l’engagement communautaire ou celles qui ne mentionnaient pas les efforts de recherche participative.


L’inclusion des articles présentés dans ce bulletin de veille ne signifie pas leur endossement par l’Institut. Le jugement professionnel demeure essentiel pour évaluer la valeur de ces articles pour votre pratique. Vous pouvez également consulter la méthodologie de la veille scientifique en santé des Autochtones.