Blessures associées aux piscines résidentielles et aux bains publics

Les activités pratiquées dans les piscines résidentielles et les bains publics peuvent être associées à des noyades mortelles ou non mortelles, ainsi qu’à différents types de blessures telles que les blessures à la moelle épinière et les blessures par piégeage. Les bains publics incluent les piscines publiques, les pataugeoires, les parcs aquatiques et les plages publiques.

Importance du problème

Selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé, une personne est victime de noyade dès qu’il y a présence de liquide à l’entrée de ses voies respiratoires, ce qui l’empêche de respirer. Ainsi, la noyade n’entraîne pas nécessairement la mort; elle peut être mortelle, non mortelle avec séquelles ou non mortelle sans séquelles1.

Noyades mortelles et non mortelles

Entre 2009 et 2015, 65 noyades mortelles sont survenues au Québec dans les piscines résidentielles et les bains publics, soit une moyenne de 9,3 par année. De ce nombre, 53 noyades mortelles sont survenues dans une piscine résidentielle (7,6 noyades mortelles en moyenne par année). Parmi les victimes, les enfants âgés entre 0 et 4 ans arrivent au premier rang (42 % des victimes), suivis des personnes âgées de 75 ans et plus (17 % des victimes)2. Ces groupes d’âge sont surreprésentés puisqu’ils constituent respectivement seulement 5,5 % et 7,0 % de la population3. En ce qui concerne les bains publics, 12 noyades sont survenues entre 2009 et 2015, soit un peu plus d’un décès en moyenne par année2.

Les activités pratiquées dans les piscines résidentielles et dans les bains publics sont également associées à des noyades non mortelles. Durant la période allant de 2009-2010 à 2018-2019, au moins 207 personnes ont été hospitalisées pour une noyade non mortelle en lien avec ces activités, ce qui représente en moyenne 20 cas par annéea,4.

Blessures à la moelle épinière

Au Québec, entre 2000 et 2016, 12 décès sont attribuables à une blessure de la moelle épinière survenue à la suite d’un saut dans l’eau. Les informations disponibles ne permettent cependant pas de connaître le lieu de survenue de ces décèsb,5. De plus, au cours des années 2009-2010 à 2018-2019, au moins 15 personnes ont été hospitalisées pour blessures à la moelle épinière à la suite d’un saut dans une piscine résidentielle ou un bain publicc,6.

Blessures par piégeage

Bien que plus rare, le phénomène du piégeage associé aux systèmes de filtration, aux grilles de recouvrement ou à la succion peut aussi être une cause de blessures (amputation, éviscération) dans les piscines résidentielles et dans les bains publics. Les données disponibles ne permettent cependant pas d’établir le nombre de décès, d’hospitalisations ou d’événements traumatiques associés à ce phénomène.

Circonstances

Noyades mortelles

Les noyades mortelles dans une piscine résidentielle chez les enfants âgés entre 0 et 4 ans surviennent généralement en dehors des heures de baignade, au moment où on croyait que l’enfant était dans la maison ou avec l’autre parent, son frère ou sa sœur. Dans la plupart des cas, l’enfant est dans sa propre cours. Ce type de noyade survient parce que l’enfant avait accès à la piscine2. Les noyades mortelles survenues dans les bains publics sont quant à elles associées à des comportements imprudents tels que le fait de retenir son souffle sous l’eau en compétition avec des pairs. Elles sont également associées à certains problèmes de santé comme l’épilepsie et la déficience mentale, ainsi qu’à la surveillance insuffisante ou inadéquate7.

Blessures à la moelle épinière

Une étude réalisée auprès de 45 personnes ayant subi une blessure à la moelle épinière au Québec entre 1961 et 2004 à la suite d’un saut dans une piscine résidentielle ou dans une piscine publique a permis de documenter les circonstances dans lesquelles surviennent ces blessures. Une grande part des sauts ayant causé une blessure à la moelle épinière ont été effectués à partir du bord de la piscine (51 %) ou d’un tremplin (16 %) et 52 % des sauts ont été effectués dans moins de 1,4 m d’eau. La majorité des sauts (89 %) ont été effectués dans une piscine résidentielle qui appartenait à un ami, à un proche ou à une connaissance. De plus, dans un certain nombre de cas, les blessés ont rapporté avoir consommé de l’alcool au moment de l’événementd. Il est à noter que la présence de panneau indiquant l’interdiction de plonger ou la profondeur de l’eau a été peu rapportée par les personnes interrogées, ce qui pourrait suggérer que ce type d’information est souvent absent8.

Blessures par piégeage

Des blessures peuvent également être attribuables au piégeage du corps, d’un membre, des cheveux ou des vêtements dans le système de filtration. Les drains qui génèrent une forte succion et qui ne sont pas recouverts adéquatement augmentent les risques de piégeage qui peuvent se traduire par des noyades mortelles ou non mortelles. Il en est de même pour l’absence d’un interrupteur d’urgence aux abords d’une piscine ou d’un spa permettant d’arrêter le système de filtration et d’enlever toute pression négative au drain en cas d’urgence7.

Mesures de prévention

Noyades mortelles et non mortelles

Pour prévenir les noyades mortelles et non mortelles chez les enfants dans les piscines résidentielles, la mesure de prévention la plus efficace consiste à empêcher l’accès à la piscine par une clôture dont la porte est munie d’un mécanisme à fermeture et à verrouillage automatique (voir Réglementation en vigueur). Les piscines hors terre doivent également être isolées du patio au moyen d’une clôture avec une porte munie d’un mécanisme à fermeture et à verrouillage automatique.

Il n’existe pas à notre connaissance d’évaluation permettant d’estimer le nombre de noyades mortelles ou non mortelles prévenues dans les bains publics par la réglementation sur la sécurité dans les bains publics qui vise notamment à assurer une surveillance adéquate des baigneurs. Cependant, plusieurs auteurs considèrent que cette règlementation contribue au petit nombre de noyades mortelles ou non mortelles observées dans ces lieux. L’obligation de respecter des normes concernant le nombre et la formation des surveillants-sauveteurs contribue à la fois à réduire le délai d’intervention en cas d’immersion et à fournir une aide respectant les standards des organismes de formation. Cela permet de réduire les séquelles possibles et le nombre de noyades mortelles ou non mortelles. Ainsi, les programmes visant à améliorer la surveillance, notamment en variant les activités des surveillants pour couper la monotonie et en leur donnant des pauses spécialement lors des journées très chaudes, sont fortement recommandés comme mesures de protection pour prévenir les noyades dans les bains publics7.

Blessures à la moelle épinière

Pour prévenir les blessures à la moelle épinière, il est important de prévoir une profondeur minimale suffisante pour pouvoir plonger dans une piscine en toute sécurité7. Cette profondeur minimale est présentée dans la norme BNQ 9461-100/2009 : Piscines résidentielles dotées d’un plongeoir – Enveloppe d’eau minimale pour prévenir les blessures médullaires cervicales résultant d’un plongeon effectué à partir d’un plongeoir . Il est à noter que la majorité des piscines résidentielles ne sont pas assez profondes pour permettre une décélération suffisante du corps lors d’un plongeon.

En ce qui concerne les bains publics, l’interdiction de plonger dans moins de neuf pieds (2,7 m) d’eau avec une signalisation adéquate, de même que l’aménagement du site en conformité avec les normes énoncées dans le Règlement sur la sécurité dans les bains publics et dans le Code de construction du Québec (chapitre X) sont les principales mesures à préconiser pour prévenir les blessures à la moelle épinière7.

Blessures par piégeage

Différentes mesures peuvent également être mises en place afin de minimiser les risques de piégeage, telles que :

  • munir les couvercles des drains d’un dispositif empêchant le piégeage des cheveux et des maillots de bain;
  • utiliser des couvercles de drain suffisamment larges pour éviter que le corps d’un enfant ne puissent les bloquer;
  • fixer les couvercles solidement de manière à ce qu’il soit impossible pour une personne de les enlever;
  • munir les drains d’un système anti-vortex, c'est-à-dire d’un mécanisme qui prévient la formation d’un tourbillon, afin de prévenir l’aspiration du corps et de ses membres7.

De plus, il est recommandé qu’un interrupteur d’urgence se trouve à proximité des piscines afin de pouvoir arrêter les pompes advenant un incident de piégeage7.

Réglementation en vigueur

Le Règlement sur la sécurité des piscines résidentielles en vigueur au Québec depuis juillet 2010 prévoit notamment des mesures de contrôle de l’accès des piscines en règlementant l’enceinte qui doit entourer la piscine de manière à en protéger l’accès de tous les côtés. Les propriétaires de piscines construites avant le 1er novembre 2010 qui bénéficiaient d’un droit acquis ont désormais jusqu'au 1er juillet 2023 pour se conformer au Règlement.

Au Québec, la norme BNQ 9461-100/2009 : Piscines résidentielles dotées d’un plongeoir – Enveloppe d’eau minimale pour prévenir les blessures médullaires cervicales résultant d’un plongeon effectué à partir d’un plongeoir spécifie les caractéristiques dimensionnelles et géométriques de l’enveloppe d’eau minimale permettant d’offrir un environnement sécuritaire pour pouvoir plonger dans une piscine résidentielle. Les piscines résidentielles dotées d'un plongeoir qui seront installées après le 1er juillet 2021 devront être installées conformément à cette norme en vertu du Règlement sur la sécurité des piscines résidentielles.

Le Conseil canadien des piscines et spas recommande pour sa part, dans ses lignes directrices concernant la fabrication et l’installation des piscines résidentielles, que chaque drain soit doté d’un couvercle certifié conforme aux exigences de la norme ASME/ANSI A1112.198.2007 et soit installé selon les directives du fabriquant. Ces lignes directrices n’ont cependant pas force de loi.

Les piscines publiques, pataugeoires et plages publiques sont quant à elles assujetties au Règlement sur la sécurité dans les bains publics. Ce règlement, administré par la Régie du bâtiment du Québec, énonce les exigences auxquelles doivent se conformer les propriétaires de ces types d’installations, notamment en matière de surveillance. La réglementation concernant la construction des lieux de baignade au Québec est pour sa part énoncée dans le chapitre X du Code de construction du Québec.

Puisque les propriétaires et exploitants de bains publics sont en majorité des municipalités, vous trouverez toute l’information relative à la sécurité sur le site web du ministère de l'Éducation et de l’enseignement supérieur.

Pour en savoir plus

a Puisque le lieu de survenue est indéterminé pour 88 des 408 noyades non mortelles survenues au Québec entre 2009-2010 et 2018-2019, le nombre d’hospitalisations attribuables à une noyade non mortelle survenue dans une piscine résidentielle ou dans un bain public pourrait être plus élevé.
b Le lieu de survenue des décès résultant d’une blessure à la moelle épinière liée à un saut dans l’eau est inconnu. Les événements à l’origine de ces blessures ont pu survenir dans une piscine résidentielle, dans un bain public ou dans un plan d’eau naturel.
c Puisque le lieu de survenue des sauts dans l’eau provoquant une blessure à la moelle épinière est indéterminé pour 11 des 53 cas survenus au Québec entre 2009-2010 et 2018-2019, le nombre d’hospitalisations attribuables à une blessure à la moelle épinière suite à un saut dans une piscine résidentielle ou un bain public pourrait être plus élevé.
d Parmi les 89 personnes interrogées ayant subi une blessure à la moelle épinière à la suite d’un saut dans une piscine (résidentielle ou publique) ou dans un plan d’eau naturel au Québec entre 1961 et 2004, 47 % ont rapporté avoir consommé de l’alcool au moment des événements. Les données disponibles ne permettent cependant pas de distinguer la part de ces personnes ayant effectué un saut dans une piscine résidentielle ou dans une piscine publique de celles ayant effectuées un saut dans un plan d’eau naturel.

Références

  1. Société de sauvetage (page consultée le 26 avril 2020). Qu’est-ce que la noyade?, [en ligne], http://societedesauvetage.org/qui-sommes-nous/la-noyade/
  2. Beaulac, É., Belley-Ranger É. et Trudel, J. (2020). Faits saillants sur les noyades et les autres décès liés à l’eau au Québec de 2009 à 2015 – Édition 2020. Trois-Rivières, Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.
  3. Gagné, M. (2020). Proportion des personnes âgées de 0 à 4 ans et de 75 ans et plus dans la population québécoise en 2011. Perspectives démographiques basées sur le recensement de 2011. Bureau d’information et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec. Demande spéciale.
  4. Gagné, M. (2020). Hospitalisations pour noyades non mortelles. Fichier Med-Écho (2009-2010 à 2018-2019). Bureau d’information et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec. Demande spéciale.
  5. Gagné, M. (2020). Décès attribuables à un saut dans l'eau provoquant une lésion traumatique autre que noyade ou submersion (2000-2016). Bureau d’information et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec. Demande spéciale.
  6. Gagné, M. (2020). Hospitalisations attribuables à un saut dans l’eau provoquant une lésion médullaire. Fichier Med-Écho (2009-2010 à 2018-2019). Bureau d’information et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec. Demande spéciale.
  7. Trépanier, J.-P., Sergerie, D. et Blais, É. (2006). Avis de santé publique sur la sécurité dans les piscines résidentielles et publiques au Québec. Direction du développement des individus et des communautés, Institut national de santé publique du Québec.
  8. Barss, P., Djerrari, H., Leduc, B. E., Lepage, Y. et Dionne, C. E. (2008). Risk factors and prevention for spinal cord injury from diving in swimming pools and natural sites in Quebec, Canada: a 44-year study. Accident, Analysis and Prevention, 40(2), 787‑797.